tout le bien qu’on peut s’faire les uns aux autres, je l’ai mis dans un sac
je l’ai mis dans un sac et j’ai j’té l’sac à la rivière, à la rivière tout’ noire
à la rivière tout’ noire et ça flottait, ça flottait tandis que j’pleurais alors j’ai dit stop
j’ai dit stop on arrête là, j’ai r’pêché l’sac et quand j’ l’ai ouvert pour libérer l’poisson
pour libérer l’poisson i restait pu rien d’dans, i restait pu rien et t’t à coup j’ me suis senti si seul
j’ me suis senti si seul et comme un avorton, qu’avait pu d’mère à naître qu’avait pu d’trou
qu’avait pu d’trou par où sortir, qu’avait pu d’ trou par où s’ fourrer
les hommes ont des têtes de chiottes c’est pas croyable, et pourtant c’est la gare de creil
tu me disais que l’amour c’est un nouveau-né qu’on trouve à sa porte, en haut des marches du perron et dans les yeux d’une détresse, la pupille effarée
quand on n’a pas de sein on donne le biberon, du lait de vache, de femelle mammouth ou bien le sein d’une autre femme
les femmes n’échangent pas leurs seins alors elles se refilent leurs bébés affamés ça coûte moins cher ça fait moins mal
et puis on s’en débarrasse
j’étais à l’enterrement de mon frère il m’a serré dans ses bras et puis on est allé prom’ner l’chien
ça s’promène, les chiens, et puis ça nous promène…
les tout-petits on les emmène à la mer l’été, du côté d’Berck par exemple, avec les chiens et les cousins, on les emmène et on les noie – d’un regard alors ils embrassent tout le naufrage de leur existence présente et future, les tout-petits
ça bande dur et sec les tout-petits, et ça attire la mort, ça attire la mort dès tout petits
on a toujours eu des chats et/ou des chiens à la maison, sauf quand on n’avait pas de maison
il y avait toujours un grand couteau à la maison, fiché dans la porte des chiottes pour si on disait des gros mots
on tirait à la carabine par la fenêtre, la nuit racontait des histoires terribles, des histoires de gosses qui se font bouffer crus par les loups
on aurait pu être heureux, si le bonheur existait…
il neige sur la tête des enfants morts comme il neige partout, or tous les enfants sont morts
même ceux que l’amour a noyés
même ceux qu’on a noyés dans l’amour
tu cours après l’ballon, tu cours après l’ballon ce n’est que l’orgasme d’une fille
qui crie quand ça l’arrange, quand ça la démange ou quand elle ne peut plus faire autrement
et qui te soigne la queue quand elle devient toute bleue, et que ça fait trop mal
la voisine s’est pendue au portique – on n’a plus eu le droit à la balançoire…
tout l’amour faut-il donc que tout l’amour parte en chiasse, finisse comme ça en queue de couille, à la cuvette aux crevards?
tout le bien qu’on peut se faire les uns aux autres je l’ai mis dans un sac, et j’ai jeté le sac à la rivière
j’étais dedans le sac, j’étais dedans la rivière – quand on a repêché l’sac y avait plus rien dedans, y avait plus rien dehors non plus
un sale matin de juillet on est venu me chercher
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