non-lieu

  je suis un chemin entre les deux
  entre les deux quoi je n’sais pas, entre les deux c’est tout
  je suis un chemin debout

  la pluie qu’on jette partout
  à nos pieds comme ailleurs
  m’a fait rebrousser chemin

  plusieurs fois j’errai
  ce qui ne sert à rien
  mais éboule les apparences

  je suis sorti vivant
  de la tombe, j’ai demandé une cigarette à un passant
  – il ne m’a pas répondu

  je n’ai pas envie de lui vouer la lumière alors que
  la lumière est à portée de chacun
  inaccessible…

  je suis assis sur un néant, bien installé sur un néant
  à peine élucidé quand même
  – mort pour de faux

  j’aspire à autre chose, autre chose se défile
  pourquoi n’as-tu pas lieu?
  hein?

  désherber, désherber, arracher l’arbre de mon cœur
  jusqu’à trouver sous la racine, puis embrasser
  le ver

  j’ai mal à mon corps
  j’ai mal à mon corps tu vois, et tout mon corps régresse vers ce point culminant
  où je n’existe pas

  à moins que…
  à moins que le regard plein nord tu ne m’aspires, me déportes me crames
  en ta sidération

  juste une dernière fois, j’ai dit ça juste une dernière fois
  pourquoi n’as-tu
  pas lieu?

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