oups, j’ai avalé mon code astral

  des hommes sobres
  des hommes tout ce qu’il y a de plus sobre
  ne côtoyant le danger qu’en de rares occasions, et de manière crispée
  m’ont donné une cigarette.
  ils n’avaient pas de feu, alors ils m’ont fait vas, cherche le feu, d’un geste vague…

  .

  un chien très doux
  un chien très doux m’a léché le dos de la main
  les arbres sont tout rabougris le long de cette côte pourrie, et ils ont bien raison, une fois de plus
  le jour n’est pas tombé et y a déjà plus personne dehors, à part un vent méchant
  …
  voilà

  .

  je ne parlerai plus de femmes désormais, ou seulement de femmes mortes – c’est beaucoup plus facile de parler à des mortes. je sais pas pourquoi, je m’entends mieux avec elles
  ou avec un chien errant. ça anime tout un paysage, un chien errant. ça frétille de la queue, ça rend plus familière une nature morte, profondément morte
  on peut parler plus facilement à un chien errant

  .

  il n’y a plus de sommeil pour moi
  et il n’y a plus d’éveil pour moi non plus
  c’est un entre-deux, je pars et je n’en reviens pas
  lorsque je me retourne tu n’es déjà plus là. tu n’as jamais été là sans doute tandis qu’avançant, je sens ta présence derrière moi
  comme un manque à présent

  .

  tu regardes sur la gauche: pas de voiture. du côté droit: rien par là non plus. de l’autre côté de la route tu vois ce banc, faisant face à la mer – une mer sombre et gelée
  tu sais qu’il faudra bien finir par la traverser cette route, et aller t’asseoir sur ce banc, là, mais tu fais celui qui n’entend rien, ni de la grosse voix intérieure, ni du lugubre mugissement de la mer, là de l’autre côté de la route, celui que cela après tout ne regarde pas
  toujours rien sur la droite évidement. tourné du côté gauche tu attends, tu attends, sans aucun pressentiment déterminé

  .

  la vie n’a pas assez duré. durer, c’est comme la substance du néant, un peu de vérité restante en attendant
  je suis entré j’ai commandé un café
  je n’étais pas chez moi, j’ai du payer
  heureusement, personne ne m’a salué

  .

  des hommes bien sobres, j’ai enterré les hommes sobres
  il y avait un pot mais pas de plante dedans; j’y ai juste glissé une carte postale, n’importe quel genre
  ça habillerait quand même un peu leur tombe, pensais-je
  marchant dans la rue déserte, je me disais qu’il y avait peu de chance de se faire écraser
  et peu de chance aussi d’écraser quiconque, même si on sait jamais
  c’est vrai ça, on sait jamais au fond…

oups, j'ai avalé mon code astral

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