poisson extrême

  où je reste debout, simple tombe en suspens
  debout de tout mon long
  et tant pis si penche l’univers –
  une tombe flottante, une tombe émergente
  ne redresse aucun tort

  le givre à la mâchoire semble prendre racine
  le géranium à la fenêtre, tout cramé dans son pot…
  crois-tu me reconnaître?
  crois-tu, en allant n’importe où
  oublier que l’être, c’est la mort?

  berce-moi de mille doigts
  neige sensible ou pierre au cou
  alors je me suis couché le long de toi
  – jamais ta main cependant
  n’effleura mon ivresse

  c’est à dire un mensonge profond
  une histoire finit comme ça
  quelque chose commence là
  sans cesse
  et n’aboutit pas

  demain ça peut s’éteindre
  allumer le feu, le rallumer
  chaque matin refaire les gestes, porter du bois
  depuis la nuit des temps, jusqu’à la nuit des temps
  entre temps me happe un ciel, m’absorbe me boit
  et recrache les os

  tu ne sais pas. tu ne dors pas. peut-être que tu ne dors pas
  peut-être que tu flânes sur le môle, le poing serré dans ta poche comme s’il scellait un secret
  –  je n’ai pas de secret
  : blême transparence…

  tu rêves ou t’es morte?
  sais-tu à quoi ça rêve, un mort?
  est-on jamais mort, d’ailleurs?
  je sautille, tu sautilles, il ou elle sautille – le cercle défait
  neuf fois neuf c’est mon tour: à des année-lumières d’ici, j’entends sonner ton cri

  j’aimais le centre, le centre de vos vies – alors j’y ai pondu un œuf
  qui n’éclora pas
  car la semence qu’il contenait est partie en voyage
  un long voyage – imaginaire ou non, quelle importance?
  à chaque instant je reviens de nulle part

  oui mais moi je chante pas comme ça
  je chante seulement pour les disparus
  une berceuse, ou quelque chose de triste, avec pas trop de sens
  je prends une longue inspiration, je bloque mon souffle:
  devant mes yeux tout ronds passe un poisson extrême

poisson extrême

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