il y a ce vide, là
un puits en plein espace, un trou dans l’absence muette, un non-lieu où peut-être frémit l’informulable, bref,
il y a ce vide, là, autour duquel
tourne tourne tourne
on peut dire mon ombre
on peut dire cette ombre que je suis de mon ombre, errante sépulture
tourne tourne tourne
autour de ce vide, là
– on appelle ça l’ennui, des fois
des fois un merle ou une grive le traverse, surtout quand le temps est au gris, ou entre deux averses
on se demande alors à quoi ça sert, qu’il pleuve dans le vide, et qu’est-ce que ça arrose
ça sert peut-être à creuser un peu plus le vide
et ça n’arrose rien
.
il fait un peu froid quand même dans la bouteille, mais au moins on est au sec
pas de message pour vous aujourd’hui, monsieur l’facteur!
et pas de lait non plus pour vous ce matin, mister milkman!
les voyages ne sont pas d’un grand secours – il y a la houle, les forbans… et les vœux sont devenus si maigres!
ça caille bien quand même dans c’te foutue bouteille
mais au moins on est au sec
.
c’était déjà comme ça la s’maine dernière
d’ailleurs vous n’y étiez pas, vous ne pouvez pas savoir – vous n’é-xis-tiez pas
ou alors seulement à l’état de larves, de liquide amniotique
et cependant vous n’avez rien perdu, croyez-moi – vous pouvez bien faire l’idiot(e) ou l’innocent(e), tourner des yeux tout ronds ou vous extasier béat(e) quand ça gicle, rien là de bien nouveau :
c’était déjà comme ça la s’maine dernière, que je vous dis
mais comptez pas sur moi pour voir ça encore la s’maine prochaine, non parce que moi la s’maine prochaine… (il soulève son chapeau en signe de salut, sans pour autant quitter sa place)
.
machinalement. machinalement je me porte bien. un homme m’a essuyé le visage. un homme ou une femme, je ne me souviens pas très bien.
je ne me souviens pas très bien, vraiment. pas très bien en général mais, dieu soit loué, je me porte plutôt bien. machinalement mais plutôt bien.
et puis il y a tous ces petits riens qui nous distraient alors on n’y pense pas vraiment. enfin, moi j’y pense pas vraiment. ou pas trop souvent en tout cas. de moins en moins à vrai dire.
à vrai dire je pense plus vraiment à rien. je me porte bien c’est tout. je me porte bien naturellement.

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