tu sors d’où?
tu sors de nulle part, tête de nœud
tu sors de la douche puisque t’es tout mouillé
tu t’essuies tu t’essuies rien n’y fait, tu restes tout mouillé
tu sors du cul d’ta mère, tout chialeux tout pisseux, tu sors en pissenlit au pied du mur
des fusillés
…
ben alors, tu sors d’où?
.
j’ai vu devant moi passer à hauteur d’yeux, et peut-être de l’autre côté de la vitre
le squelette d’un poisson
mon signe de croix n’a pas semblé l’émouvoir plus qu’à l’autochtone le sourire suppliant du touriste
moi j’m’en fous, j’ai mon vélo, pensé-je à part moi
il sort pas de sous l’abri-bois, il rouille tranquillement – c’est un vélo quand même
.
quand je pense à tout ce que ma vie a coûté en argent comptant depuis ma conception… une fortune, un véritable massacre!
quand je pense aux milliards de spermatozoïdes éjaculés depuis la puberté, pour un unique rejeton et trois-quatre avortons seulement – tant de possibles sacrifiés sur l’autel de ma seule jouissance!
quand je pense je ne suis pas, heureuse ou triste inconséquence: je sonde mon néant, je bois une gorgée, je caresse le mur derrière lequel j’entends jouir ou gémir
la femme d’à côté
.
un seul instant, un seul instant suffit
à tout foutre en l’air
ça ne prendra pas plus d’une minute, dit-elle froufroutante
l’euthanasie me saute aux yeux, la bonne mort au design léché de yogourt zéro pour cent quoi, zéro pour cent rien
je t’aime, mon amour
… rien
j’ai dit je t’aime, mon amour
… toujours rien
.
j’aime bien ce temps pourri: il me contraint
à l’exil intérieur
– mais tu sors d’où toi, avec ton air de pâté en croûte, de spoutnik en détresse, d’enfant
à qui l’on vient de foutre une torgnole pour lui apprendre et qui se retient
de pleurer devant toi…
j’aime bien ce temps pourri – ça me rappelle, ça me rappelle… ce temps pourri

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