j’arrive à deux pas de toi la marche est raide, infranchissable même je confesse
qui m’attendrait si ce n’est l’ombre de moi-même?
plus un seul rêve, par coutume irréaliste – à tel point que j’ai presque honte d’être humain
j’en fais du foin
je croyais ne m’adresser qu’au vide, c’est à dire parler dans l’oreille aux trois quarts sourde de dieu, l’universel oubli
je vivais comme une bouteille à la mer amis sans la mer, je griffonnais d’inconsistants messages s’effaçant au fur et à mesure de leur rédaction, j’épiais dans l’angoisse
le signe que rien ne remonterait…
j’attends tout, rien moins que tout, avec l’intime conviction que rien ne me sera octroyé et cependant j’attends, j’attends plus que jamais – je me suis réduit à de la pure attente
de ce qui n’adviendra pas
si ça c’est pas de la foi alors c’est quoi? ne le dis surtout pas…
je n’ai pas eu le choix, je n’ai été qu’un être humain, qu’un destin clandestin – que révéler de plus en fait qu’une date de naissance et une de décès
juste au-dessous d’un nom plus ou moins propre gribouillé sur la stèle ou la cendre?
cette tension entre l’universel et le particulier il faut la mener à l’extrême, à son terme, à le rupture-fusion
moi qui aurais juste voulu t’embrasser, lèvres gercées et l’âme à la limite
de la rupture-fusion…
le chemin bien trop long pour une histoire debout, je t’ai laissée tomber
ou le contraire, pour faire plaisir à celui qui en moi se hait et pense que survivre le dédouanera de vivre
je veux me saouler jusqu’ à ce que ma cervelle casse, rompe, congestionne, jusqu’à ce qu’un homme daigne se pencher sur moi, me toucher l’épaule en s’enquérant saugrenu:
vous allez bien, monsieur?
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