il n’est pas anodin de renier, de refouler à ce point le solaire en soi, d’être irrésistiblement aimanté pas la nuit la plus noire, le pur néant de dieu
le néant signifie la dématérialisation de la mort, il nettoie la mort de son ignominie – c’est un dieu débranché, une théologique coupure de courant
dieu est encore trop collé au vivant – il faut le surmonter. ruiner dieu, s’enfuir au-delà de tout espoir, c’est avant tout s’humilier, c’est frotter frotter ce putain d’bout d’bois entre ses mains jusqu’à ce qu’une flamme en délivre l’esprit
sauf que le néant signifie bien plus qu’un orgasme, bien plus que la source ou l’absolution de toute douleur: il est l’amour tout simplement, sans cœur ni substance – il est l’absence
de reflet dans la glace
où se noyer enfin
sans se noyer
où ne pas être enfin
sans ne pas être
– un soleil sans éclat, la mort
qui ne tue pas…
un simple rayon de lumière suffit à briser le miroir. l’irruption inopinée de la réalité la plus triviale abolit instantanément le néant et en invalide l’hypothèse sur le champ
le champ, le domaine par excellence du réel, magnifie nos hivers de son étendue nue. combien d’hivers vivra un homme? une poignée. il ne se souviendra pas de chacun séparément parce que la fonction affective du souvenir n’apprécie guère la dispersion
je voudrais m’enfuir mais je sens que disposer de soi équivaudrait à embrasser la vache sur le cul tout en prétendant prendre le taureau par les cornes
ou caresser les couilles de l’eunuque, comme tu voudras…
il faudra donc se passer du dernier mot. il n’y a pas de dernier mot. pas plus qu’un cliché pris en passant ne nous restituera le lieu, la conscience ne saurait nous délivrer de la conscience. nous vivons, puisque nous sommes vivants. nous vivons parce que nous sommes vivants. ce miracle effroyable, ce décalage horaire alors qu’il n’y a plus d’heure référentielle, plus de greenwich plus de longitude – que l’aigre sonnerie dans tout le sang de la récré ou de sa fin, du temps restant comme
du temps perdu…
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