un jour mauvais, un jour d’abîme, un jour de bruine à l’infini

  nous étions las, prenant notre ombre pour un trésor caché. on survit même en ayant si peu à dire. on finit par s’endormir: la lutte, faute de bras ou d’adversaire, se rend à l’évidence. il n’y aura ni bon ni mauvais perdant, mais rien que des perdants – de braves gars tombés sur la peau de banane de la lutte finale, un k.o. bien mérité, ma foi…

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  j’ai avalé mon dernier bout de chocolat. il n’y avait personne avec qui le partager. au petit jour, avant le passage de la gestapo, on prend le temps de fumer une clope, encore au chaud sous le duvet, pour faire tampon entre le néant du sommeil-pierre et le froid de la vie. rien qu’un peu de fumée et, cerise sur le mégot: un carré de chocolat…

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  il ne viendrait à personne l’idée de suivre en pleine nuit un chien errant à travers la ville: il deviendrait fou avant l’aurore et c’est ce que je fis des années durant, épiant les premières lueurs en brave petite chèvre pour me faire dévorer toute crue par une simple métamorphose du chien en chien, en loup, en bébé matraqueur

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  j’ai envie de me promener. oh je sais, tu te fous de moi qui appelle se promener tourner jour et nuit autour de cette foutue mare, espérant vainement te voir venir, ou arpenter les quais jusqu’au pont en amont pour revenir par l’autre rive jusqu’au pont en aval, mais il ne m’en faut pas plus à moi, car plus serait tricher – et à quoi bon s’encombrer inutilement, s’attarder en futiles prolongations quand l’éternité déjà se noie toute entière dans un verre de sang, un songe de mer?

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  j’ai voulu emporter le banc mais le banc était bel et bien soudé au sol. j’ai voulu quitter le banc mais à ce banc je me trouvais moi-même fixé, condamné à voguer sur ce radeau d’infortune, seul espace à peu prés stable en ce bas-monde. tous ces liquides qui pénètrent et sortent de nos corps… j’ai comme la sensation d’être l’outre d’une sorcière, le chewing-gum d’un G.I. j’ai l’impression de sucer la moelle de mes propres os

un jour mauvais, un jour d'abîme, un jour de bruine à l'infini

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