une, une seule

  les hommes ont rongé leurs plumes. ils crachent un peu de sang mais ça ira. ça ira de toute façon

  les pleurs quand on pleure mais d’abord pas vraiment. mourir tout cru ne fera de toi qu’une bouchée

  afin d’attiser la flamme, ne rien trouver de mieux que de noyer la torche dans le noir, le plus complet 

  ça ne fait rien: on rejaillira du point zéro et pis voilà, les oreilles un peu décollées sans doute, mais le regard droit devant soi

  emmitouflées dedans leur peau, elles se font belles entre leurs os. je les aime bien quand même – elles me rappellent toutes quelque chose…

  on fait comme si ça allait durer, mais en même temps on fait comme si ça n’allait pas durer longtemps – quelques heures tout au plus, à se regarder sans plus se reconnaître…

  tu le prends tel qu’il est c’est à dire indifféremment, et quand tu le reposes c’est déjà autre chose, de plus profond en soi

  ta vie comme un décor en carton-pâte, HLM avec vue sur le danube ou quelque chose de grand, qui ploie aux extrémités sous le poids de ces extrémités

  sais-tu seulement combien j’ai mis de temps à dresser la crête d’une seule vague sur le chauve océan? je me penche et vomis par dessus bord – ça soulage le temps, me dis-je

  j’ai peur à tout moment, à tout moment de tout moment, il me mord dedans. à force de creuser j’expulse le rêve d’être enfant. ça saigne de soi dans l’air le plus apparent, cristallin du moment

une, une seule

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