vendanges tardives

  je me suis amusé à nulle part où aller
  puis je me suis pendu au poteau du rebut
  me revoilà enfin, petite mère, à t’étriper le ventre
  avec un mouchoir sale

  .

  tu te tais
  un jour où tu te tais, tu respires
  on n’aurait pas su où naître de toute façon
  dans la piété, la toute petite piété inutilement
  vissée au creux

  .

  j’ai plus que trois doigts
  les deux autres, aux extrémités, on sauté… quelque part
  comme on se jette à l’eau, tranche dans le vif, se claque une veine…
  je pleure, mais je pleure jaune
  à la place de l’âme ou bien plus bas encore: 
  un pissenlit

  .

  ravage-moi. tu diras shut, ne crie pas
  je sais pas ce qui me prend avec cette envie de ravage, la vérité d’la bouche d’un ventre…
  où aller plus loin que dieu, que le néant de dieu
  où aller au-delà, encore et toujours au-delà
  – quand on ne se supporte plus d’être…

  .

  une fois de plus, un trou
  un trou à l’envers, ou si j’étais moi l’envers de ce trou, enceinte de ma propre absence
  toute la grâce du monde, ce miracle ambiant et permanent
  dans un panier percé…

vendanges tardives

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