c’est un jeu de cailloux, d’indices qu’on laisse traîner un peu partout avec une apparente désinvolture c’est un deux trois soleil
qu’on joue avec son ombre c’est la sonde qu’on lance dans le miroir aveugle d’un espace infini dit-on, du moins dont on ignore
la limite ou le terme c’est le temps qu’on remonte jusqu’au temps qu’on invente, fatidique dérive c’est votre propre sexe
qu’on vous sert à manger – qui parle de roue qui parle de destin est un homme mort, un homme ou une femme, mais vraiment mort cette fois
assis là sur un banc, accordant le sentiment de ma propre inutilité au principe inaltéré de l’universelle inutilité, la pure gratuité de respirer, un poignée de sable en poche
assis là sur un banc, n’importe quel banc, un banc où se repose un ciel si lourd quand personne ne s’y assoit, un banc où n’importe qui s’assoit il s’agit de ne pas faire fuir ce ciel bas,
de ne pas effrayer le pigeon l’inutile pigeon, l’inutile bec à nourrir, l’inutile piétinement du temps, assis là sur un banc et pas un autre
il est l’heure de mourir dans un univers où rien ne meurt, l’heure de ne plus se demander pourquoi mais de tomber dedans, tomber comme on s’envole, une fois pour toutes
on n’est pas seul quand on n’existe pas, on ne s’entend même pas pleurer et les lettres qu’on s’adresse
ne parviennent jamais, on n’est pas fier quand on n’existe pas, on a juste un peu soif,
soif d’on ne sait quoi, d’un reflet dans la glace ou je ne sais quoi, on en a un peu marre
d’être pris par la croix pour un christ gracié, pour un christ gaucher, pauvre sardine qu’on rejette à la mer
or la mer n’en veut pas
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