se faire la belle

  tout ce qu’on peut faire, un œil hissé juste au-dessus de tout ce qu’on ne peut faire
  ou semblant oui, faire comme si, comme si semblant y croire on y croyait vraiment, on y croyait un peu
  : à la marguerite des champs, une dyslexique sortie du rang – à la belle qui s’ignore, serpente entre deux eaux, deux formes obscures de l’eau

  je rêve d’un truc au hasard et le hasard me pète la gueule. j’ouvre en grand la fenêtre sur la nuit rutilante
  une tache sur la grenouille, caresse la grenouille sur la tache, prédis-lui l’extase, l’orgasme, l’illumination – promets-lui la pleine lune
  un œil immense finit-il par s’ouvrir, un œuf de se fendre, un mur qui s’effondre à la faille sismique d’un simple graffiti – qui disait quoi? hein, il disait quoi ce graffiti?

  je me suis fait tendre à la pointe du couteau, crachât dans le sens du vent, il était à peine dix heures du matin
  bien-sûr que vivre ne sert à rien, à rien d’autre que vivre j’ai beau me le dire et le redire, vivre ne sert à rien
  fragile, inconsolable, en proie à la fatalité d’un bonheur in extremis, in extremis et malchanceux, tout bonnement scabreux

  ce qui dans l’instant pur, ce qui dans l’instant pur nous procure un répit, l’ancre qu’on jette au vent nous arrache la tête
  je me suis cassé le genou aussi. ça va être dur de maintenir le cap, même de foutre le camp ça va être dur – je ferais mieux de m’allonger, regarder les ballons prolonger
  déjà je ne sens plus vraiment rien, de moi quelque chose s’envole, oblique et s’envole – je ne suis plus tout à fait là non plus
  là non plus
  

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