d’un voyage en poussette

  je ne reviens plus
  de nulle part sans doute, mais je ne reviens plus
  quelques pierres au bout du ponton, le bâton sans son chien
  qu’on lance en plein hasard –
  je n’ai l’intention de quoi que ce soit
  après, on verra

  aucune leçon à tirer, si ce n’est l’émotion toute esthétique inspirée d’un tel désastre
  du sommet de mon soi l’abîme me sourit – je lui fais une tête de loup en deux traits de crayon
  comme substitut à un saignement de nez qu’on pète à la barre à mine 
  ou à l’odeur de celle marchant pieds nus dans de vénéneuses flaques
  d’adolescence, régrance…

  je n’y crois pas. je n’y crois plus
  aucune digue ne résiste à cette crue, aucune idée tenace ne retiendra l’esprit
  alors même qu’il ne sait plus où fuir, plus quoi fuir, otage de sa propre fuite
  il y en a qui ont tout simplement renoncé à appeler au secours – on peut à la rigueur leur tendre un pain aux raisins
  ou aux amandes, si on en a les moyens

  ma terre est tellement ronde qu’elle s’en trouve toute cabossée, mes journées quant à elles se passent comme elles peuvent
  elle n’y peuvent pas grand chose somme toute, n’ayant à opposer tant à la grâce qu’au déchoir que leur loyale absence,
  leur pauvre chemin de traverse leur pauvre et incertaine
  minute de coupable insuffisance…

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