j’ai besoin d’une lampe, celle-ci ne marche pas

  j’ignore d’où je viens, provenant incertain, errant par tous les temps – je bouge pas
  or je bouge pas de là.
  suis-je né à creil, glaire à ciel ouvert? devant la gare j’ai fait la manche à un flic il en fut tout outré
  alors j’ai du marcher deux bonnes heures, longeant un vague terrain de foot, un genre de si tendre désespoir, vert-anthracite…
  s’émouvoir ressemble à dormir la fenêtre ouverte – on n’évite pas toujours ces choses-là
  des fois, on n’évite pas

  parce que j’ai plus à taire qu’à dire, finirai-je vraiment par prendre congé de moi?
  j’abuse avec la langue. ça f’rait pas jouir une brique ça n’écraserait pas un mégot sur
  le regard d’en face, furtif quai d’en face, on se dérange pas pour autant mais enfin il faut bien accorder un sursis à celle ou celui qui
  qui se demande à quoi ressemble un homme, quand il ne ressemble
  à rien

  lamentable, navrant, être sans passé
  c’est à dire ne plus s’identifier à celui que l’on fut, couler en dehors de ses propres veines et puis crier « ailleurs! », tandis qu’ici se tait
  prendre congé de soi, la queue traînant dans une poussière si fine que les traces la traversent
  sans y laisser d’odeur
  abuserais-je d’outre-moi? aurais-je cette phobie viscérale des insectes rampants? les femmes, même les femmes
  ont cessé d’aimer les hommes…

j'ai besoin d'une lampe, celle-ci ne marche pas

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