je te touche avec la bouche

  je me trompe
  je me trompe de monde, d’appréhension du monde, je suis l’heure
  où il en tombe
  et il en tombe

  par la lucarne m’aspire la noirceur vive d’un autre corps. un corps à l’étroit se libère dans un corps plus vaste
  et plus tranquille
  il rétablit son aire

  or je m’effondre
  d’ici à midi et plus tard dans la nuit je m’effondre, je m’effondre en moi je m’efface
  au souvenir de moi

  les choses qu’on soulève au-dessus de soi, un bateau ou un mort. il faudra bien prendre le temps de fuir, s’en aller par ici

  avant que cela nous écrase au milieu d’un vain appel au secours. je déploie tant de souffle, tant de souffle pour que rien finalement ne décolle

  pas une paille, pas un brin d’herbe de ci, d’herbe de ça. pas la peine d’en souffler, mot ni d’en souffrir je reste là, là sans pouvoir retenir tout ce qui du reste

  me fuit, et ne me donne tort

  je te touche avec la bouche. c’est bon. je sais que tu existes, j’existe par la bouche

  tombe un mot. j’éjacule au fond d’une tombe. y tourne en rond, en rond, y tourne en rond

  je te touche avec la bouche, je te rumine encore. quelque chose éclot là, je change l’eau des fleurs fanées 

  depuis des ans et des dix ans je change l’eau des fleurs fanées, quelque chose éclot là. une tombe

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