les hommes, comme les tombes
ça se remonte pas beaucoup
ou rien qu’un peu, le temps d’une
fugace éclaircie, un trou de silence
comme quand tu me disais
rien, ou salut
j’étais qui d’abord, et j’étais quoi
de quel côté penchai-je quand de chaque chose déjà
cédait chaque côté?
ils attendent quelques jours de sec pour pouvoir faucher
il y a quelque chose au bout comme un autre bout
au loin
on se reverra pas
on se reverra pas mais c’est pas si terrible que ça
les pieds nus dans l’herbe, ou sur la terrasse, on n’en reparlera pas
on n’en reparlera pas mais quelque chose s’ouvrira, en fin de compte
quelque chose s’ouvre, qu’on a oublié ou plus ou moins intentionnellement omis
de fermer
errer requiert un certain poids, une certaine
légèreté
plus: tu coules; moins: tu décolles – errer demande
des palmes, à défaut de
boussole ou de tuba, errer demande
d’errer, parce qu’il ne sait pas
sauf survivre
on appelle ça survivre on pourrait dire sous-vivre
ça serait tellement pareil
un peu obscène un peu timide, le crucifié ordinaire en bout de ligne
avec les dents de devant légèrement levées vers la tombe
chétive
par extension singulière
et rassurante
j’ai pris des géraniums à la jardinerie, un pour chaque fenêtre – j’étais en manque de géranium
de leur grossièreté, de leur obscénité, de leur abrupte vérité
de cette indistinction de l’être et du non-être en écarlate transparence, de cinglante évidence
j’avais un mur de géraniums, un grenadier sur le côté, j’avais
je m’angoisse un peu à vide mais même personne, faut pas le laisser seul, faut pas l’ laisser tomber
juste le temps du désarroi peut-être, du gouffre par en-dedans, la pierre tombée de l’abandon
juste le temps de le sauver
sans rien pouvoir y faire…

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