quelques pylônes

  un homme s’est attroupé. j’aurais pu l’embrasser sur la bouche si seulement j’avais ces pouvoirs-là
  la pitié a ravagé  toute joie, les femmes mettent bas à des idées parfois pures
  on met alors la passoire en-dessous, histoire d’en sauvegarder quelque graine
  mais le futur n’avance toujours pas

   au pied de la croix y a pas que les ordures ménagères, la pisse des soûlards ou le marc de café qui fassent bon compost

  suis-je plus qu’un selfie devant la croix, un mal pas si nécessaire que ça, une vie qu’on échange contre une vie qu’on échange, toute aussi insipide?

  la croix fait une cible en plein milieu de moi. j’aurais bien voulu être ailleurs, même à l’heure des choses qui tombent, des coquelicots affaissés

  c’est un amour fou, fou parce que sans espoir, sans espoir parce que c’est plus joli comme ça, et qu’il n’a pas le temps

  je caresse une dune, étonné de ne pas me faire mordre, déçu peut-être de ne pas la voir enfler, ni m’esquiver

  une inertie sans cause déchaîne les abrupts. il n’y a pas de salut – que ferais-je du salut?

  c’est comme si l’amour le plus grand me possédait sans pour autant entamer ma détresse
  c’est comme si le profond désespoir se léchait la patte  sur un coin de mon genou
  j’ignore à quoi tu ressembles, j’espère que tu me reconnaîtras. moi-même je ne sais quelle figure je ferai
  j’aurai beau t’appeler, je sais que je ne répondrai pas

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