j’accouche d’une mouche

  il manque un œil, un œil blanc
  pour faire mille fois le tour de la mer avant de revenir à l’instant précis
  où je naquis – où naissent les serments, ainsi que les ruptures
  de ces serments

  je me suis empressé de vivre à tes dépends, de devancer les événements d’un laps de temps suffisant pour ne pas m’y laisser prendre, ni m’en laisser conter
  ainsi poussai-je en toi, de dépeçai-je, jaillis-je de tes sanguinolentes cendres – il est donc légitime que je meure aujourd’hui, que je ravisse à la poussière le peu d’âme puisée au cours d’une existence
  longue, dépenaillée,, ponctuée malgré tout de moments émouvants, reconnaissons-lui cela…

  et je me tourne, vers l’origine
  où que je me tourne, c’est vers l’origine que je me tourne
  derrière toute chose je cherche l’origine – c’est un instinct, un déplorable jeu de quilles, j’arase les pôles je me défriche du lundi au samedi, outrepassant dimanche comme à saute-mouton
  : j’arrache, frisson après frisson
  le liseré fragile…

  nous nous aimions comme
  à contre-cœur, et dans ma boite en fer les clous rouillés se battaient seuls
  contre moi – comment m’éclaircir la voix, l’esprit, tendre la mort en gris, en gris pâle, m’humecter d’un presque-blanc
  alors que – les cils m’en tombent – le jour d’après irrévocablement
  annule celui-ci

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