je suis sentimental

  c’est sans compter sur moi, or c’est moi sans compter.
  c’est pas la peur du vide c’est un peu le trou
  que chaque pas creuse sous soi, et ne s’en remet pas
  il faudrait une caresse, une caresse: jouir
  mais sans strass ni paillettes, rien
  qu’entre les dents, du bout des lèvres à peine…

  juste de quoi décoller, actionner sans malice
  la pédale de vivre – on avait si peur de se retrouver seul face
  à notre sale conscience, c’était pas des vacances mais quand même, imagine, imagine seulement
  qu’on ait eu un destin, un genre de retournement une putain d’histoire
  à se lécher le cul…

  un silex frappé
  contre la bruine, la nostalgie d’une fille dont on
  se souvient pas des traits, et pourquoi pas, pourquoi pas une vie
  à faire semblant, semblant d’être
  là, juste à côté
  de soi, la main piochant nerveusement dans l’sac
  à cacahuètes

  traverser la basse-région
  d’est en ouest voir la mer
  se retirer traverser la basse-
  région d’ouest en est et s’asseoir sur sa chaise, se dire
  qu’on aurait pu ne jamais
  voir la mer ni même
  en renifler l’odeur, ne pas pleurer et même presque 
  jouir, un tout petit peu…

  j’avais envie de toi mais plus encore à travers toi d’un au-delà
  à moi-même, un peu comme
  un cerf-volant sous un cimetière, butinant
  de tombe en tombe, s’endormant sur l’épaule
  toute osseuse d’une fidélité trahie, ou alors
  aller simplement me saouler 
  au kebab du coin…

  depuis trois quarts d’heure j’ai plus peur de mourir je découvre
  ma poitrine aux balles
  à blanc, je bouffe du tramadol, j’encule une poupée ça ne lui 
  fait ni froid ni chaud c’est frustrant, ou d’autant plus excitant je ne sais plus je voudrais bien
  me noyer, appeler supplier et personne
  ne venir me sauver, j’ai plus peur de mourir je flotte en a-
  pnée j’ai plus d’âme non plus d’âme je suis
  toute âme…

je suis sentimental

Published by


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *