des arbres de papier
se promènent à contre-sens tout le long de la route, je passe ces heures là
au volant de souvenirs que j’ai probablement inventé
ou seulement failli vivre, quand vivre était encore une histoire
à laquelle on pouvait croire
et la route file droite, perpendiculaire je suppose
à l’horizon tel qu’il achevait de se dépeindre la dernière fois
que je le vis, en son essentielle nudité peut-être, mais avec à la lèvre déjà
toute la grâce du mensonge, la sensuelle âcreté d’un sourire…
je voulais quelque chose de simple, de dépouillé
de suffisamment nu en tout cas pour avoir froid
quand il fait froid
une peau de pluie sous le pas d’une araignée mutique, je n’irai pas plus loin je laisserai les choses
s’en aller, diminuer, s’effacer
leur nom doucement fondant au creux de ma langue endormie…
le vent mort dans les maisons – sans les volets il reste un peu de jour
où peu de jour clapote
un vertige m’arrache à l’épaisseur de l’ombre, j’aurais aimé que tu ne souilles pas mes jouets
même s’ils se font vieux, usés
et je n’y pense plus guère…
je n’arrive pas quelque part, je ne fais qu’en partir, fouiller ma poche pour le billet valide
de mon prochain naufrage, je jeûne
je jeûne de l’esprit, c’est encore le moyen le plus sûr
de se maintenir en apesanteur quand le sol tente désespérément de me retenir par les pieds
et remonte peu à peu, m’embourber m’engloutir, une route me fuit,
des arbres de papier…
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