j’accompagne une douleur

  c’est la première fois, le premier élément d’une opération sur soi, de toute mon âme éberluée par la vision théophanique
  d’Elli Lambéti, ce n’était vraiment pas la peine
  de s’excuser, de bredouiller ce piètre adieu – comment finirait donc jamais ce qui
  jamais ne commença, amie ou presque pas, presque rien à la fois pas du tout

  ne nous embrassons pas, ne nous enfonçons pas les uns les autres
  le doigt dans l’cul, restons sereins –
  congénital, je ne m’apparente à rien, un léger air de pithécanthrope
  promène ce nuage, mal cuit, par delà les soupirs

  c’était bizarre d’avoir vingt ans et d’être toujours en vie, comme par un fait exprès
  plus tard ne fut qu’une raison de plus
  de se taire, ou de dire ce qui nous passait par la tête cela revient au même –
  où être ailleurs, ailleurs où être enfin ici, grandir d’une histoire longue ou courte, sans queue ni langue avec pour toute compagne
  une douleur, amie ou même pas

  pourrir sur pied d’un seul carême – qu’être d’autre que cette chair transie, cette indifférence à tout vent
  je m’appelle de travers, je m’appelle de travers je crois et je me réponds de loin je crois
  par billets interposés, ces poèmes à ricocher, à griffonner la surface sensible
  d’une eau si noire, si noire et noire…

  que serait le bonheur si l’on ne le tirait par la queue des fois, lui mordillait la queue le torturait un peu des fois, s’asseyait sur les marches du perron et le regardait
  partir et s’en aller des fois…
  j’ai plus d’un tour dans mon sac tu sais – alors marie-toi où tu veux  et avec qui tu veux mais laisse-moi tranquille je t’en prie
  laisse-moi tranquille des fois: j’accompagne,
  j’accompagne une douleur

j'accompagne une douleur

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