bouche-trou d’mémoire

  il ne nous arrive pas souvent de nous conduire en héros mais ce matin, plutôt que de détourner le regard j’ai fixé le feu, rouge, jusqu’à en pleurer
  je me suis délivré de ma petite monnaie sur un mendiant mendiant là et j’ai sucé mon pouce, en attendant qu’ça passe
  je te le dis te le répète, les héros font pas la paire, ni le beau temps d’ailleurs: il neige en novembre dès qu’on s’éloigne un peu
  de l’océan

  tu me croiras tu me croiras pas, mon squelette un cerf-volant
  il ne volait pas bien haut le bougre, mais ça suffisait pour que le temps, vieille baudruche, se dégonfle en hurlant
  j’ai l’acier dans les dents et toi, me suces-tu la langue me fermes-tu
  la bouche aux relents d’o
  céan?

  cravache allez cravache
  moi la chatte, et mes soucis s’enfuient, tout fuit – gengis et ses uhlans, le barbier de beauvais, tous foutu l’camp
  on se rejoint là tout au bout… du rien, de la jetée où rien, sur la grève à rien, en plein vol on se percute et on s’empale
  à vide…

  pas trop profondes les racines, ni trop écartées les ailes – le cœur léger l’esprit lucide, afin d’assurer le bon écoulement du temps
  couche avec moi, la taupe, l’écartement des cils on y glisseu on y gliss-eu et on se retrouve là, comme un con,
  exfiltré par le hublot, couche avec moi racine, le cœur léger l’esprit
  lucide…

  il a fallu déchanter, la mort ne serait la maladie ni la guérison de rien,n la fin ni le commencement
  de rien. et de ce rien-là on a fait un galet plat, une bille de terre. de ce rien-là on a fait ce qu’on a fait: une vie de deuil au jour le jour, un modeste
  trognon de grâce…

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