le dieu n’est pas un tank

  la seule source d’exister, le seul rempart à l’aliénation fut le refus – la rétention, l’abstention
  et les pommes tombèrent
  plutôt que de les ramasser sous l’arbre j’ai préféré d’instinct grimper à l’arbre vide
  ainsi ne devenais-je moi-même qu’afin d’échapper à l’emprise mauvaise, elles étaient toutes véreuses…

  dieu grandit où je me tais, faisant concurrence à la mort, c’est à dire à sa propre mort
  le même drame se reproduit de tout temps, à travers chaque être, et la grâce reste totalement conditionnée à ce drame
  d’une façon ou de l’autre tout se justifie, puisque tout se trahit, et se trahit l’un l’autre, d’une façon ou de l’autre…

  l’intuition de l’infini rend l’homme si petit à ses propres yeux – ce qui le grandit l’abaisse tout aussi démesurément
  qu’il est difficile de vivre en ayant à assumer l’inutilité et la culpabilité d’un dieu qui n’y est ni ne l’est pour rien
  et d’en traîner la croix à travers ville et campagne

  j’ai toujours trouvé dégradante l’idée d’aspirer au bonheur, comme si la plénitude de l’ego était à même de contenter l’esprit… toute aspiration m’est devenue suspecte, et toute satisfaction
  il n’y eut devant moi que la mort, dieu ne représentant plus que le péché d’une libération fantasmée
  et lorsqu’il eut fallu aimer lécher la plaie et le couteau, l’épine et le sanglot, ne battait plus de cœur en moi
  débandait le poème…

  s’enracinant dans le déracinement, comme on plonge ses griffes dans le vide ou comme on s’accouple à la chute…
  la mer morte, quel pas titubant sur son flot la ressuscitera t-il? 
  rien ne m’est advenu, rien ne m’est jamais advenu qui ne soit advenu
  à chacun d’entre nous

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