c’est drôle, chaque fois qu’un navire naviguait tu disais qu’il sombrait

  ramasse la pelle et le râteau, rapatrie-moi
  dans ce non-originel no-man’s land
  qui n’a pas de nom, qui a le nom qu’on donne
  aux choses qui n’en sont pas
  et on sera quittes


  une fille bien entendu
  ça commence toujours ainsi, elle pose le pied à terre
  elle écrase un truc, elle n’indique rien
  quand un homme se relève, c’est simplement que la terre
  a cessé de couler, ou bien n’existe plus

  la rime et la raison
  ont perdu tout leur jus
  je mords le vent
  je mords le vent alors qu’il m’enfonce ses aiguilles
  un peu partout dans le néant

  j’avais sommeil, pas plus que ça
  rester longtemps à ne rien faire
  orphelin, juste orphelin, tel un homme sans enfant
  un homme auquel on a volé son enfant
  ou son enfance, pas plus que ça

  c’est cette salope
  elle me tourne le dos comme si le dos n’en était pas, je pleure pas pourtant
  pourtant je pleure pas
  d’abord ça n’se fait pas et puis ensuite
  ça n’s’essuie pas

  je suis la vue d’ensemble
  modestement, c’est à dire tout bas
  les passants ne passent plus, ils enfoncent impunément
  leurs dents dans mon absence
  c’est à dire tout bas

  à la joie elle tourne
  sur la droite, vers les champs ou quelque chose similaire
  un homme ne redevient pas un homme, un homme ça veut dire qu’il s’abandonne
  qu’il abandonne en lui
  tout ce dont il ne succombe pas

  le chemin que l’on prend, quand viennent à manquer
  les cailloux, le contour d’une idée
  qui ne se laisse cerner ni par exemple, ni par mégarde
  j’ai droit moi aussi
  à ne vivre pour rien

...

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