c’est pas l’amour qu’est d’la daube, même avec un petit a, c’est juste qu’on n’est pas
assez grand pour ça
qu’on s’accommode
qu’on oublie de mourir
c’est fou pourtant le mal que l’on se donne à se larguer, à s’abandonner total
à la médiocrité du sort, au mauvais temps de vivre
– j’oserais pas une caresse, pas un doigt sur ton bras
: on préfère se cacher pour pleurer
c’est comme ça
je sais que je ne pourrais jamais être nu, réellement me dévêtir, me démasquer tout entier
seule la mort peut ça, seule la mort sert à ça
j’ai une envie soudaine de plonger nu dans une piscine nocturne
à cause de la couleur de l’eau sous les projecteurs probablement
ou pour y éviscérer une espèce d’ophélie…
d’un homme heureux je suis l’ombre, le squelette – le faire-part
des nostalgies me maintiennent sous perfusion, ivresses nyctalopes
faut danser, faut danser me disent-elles, celles que leur désespoir ne guident plus
je veux faire mal, et j’ai personne à qui d’autre que moi
le meilleur ami que j’ai jamais eu c’était mon sac de frappe
n’aimais-je que ma douleur?
et là je suis perdu de ne plus la ressentir – je me sens comme ces femmes bannies dont on rasait les poils du pubis ainsi que les sourcils
cette soif d’absolu, dis-moi juste que c’est du pipeau
et qu’on n’arrive pas plus à y croire
qu’à la mort
rien ne me manque, ni personne: je trône
sur un cimetière de chrysanthèmes, la jachère longue d’une vie
un ultime saut dans le vide pourquoi pas – ça parait très érotique mais j’y connais trop rien à vrai dire
comme tu vois, je sais même pas faire un poème…
je voudrais seulement, comment dire… ne pas mentir
mais comment ne pas mentir quand on récuse toute vérité?
en étant, tout simplement?
en mentant?
je voudrais te toucher, rien que te toucher, et ce d’autant plus sachant que tout se trouve
hors de portée certainement
et définitivement
si seul le salut me concerne, si seul me fait bander le miracle, ne frappe pas mon âne
surtout ne me parle pas de toi – laisse-moi là
je t’en prie laisse-moi là, ne me regarde pas
j’en peux plus d’être mort
d’avoir si peu d’amour
si peu d’amour en tout
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