dériver
lentement dériver
en homme sans enfant, cafard vidé de tout mon sang
le seine me recrache en son estuaire, mauvaise mère, et son estuaire vers pire encore:
une tombe s’ouvre là où toute enfance
disparaît et cela
ne se répare
pas
parfois n’ai-je plus de nom, à mettre sur ton visage
parfois aucun visage
ne répond à ton nom –
de la totalité je ne sais
que la face cachée, la face noyée, celle qui jamais
ne se joint, ne me rejoint ni ne se rend
au point d’un rendez-vous que seul je
me suis donné, trou serré là
contre l’absence
dans le vide, dans le vide en écho
plus je m’éteins plus je m’embrase – je rêve de cendre
sage et immortelle, quasi immatérielle
d’à genoux gratter le tronc
du céleste citronnier là-bas, dans le vide
dans le vide en écho
les dents cariées, l’après-vous je vous prie
la neige qu’on mange, qu’on n’a jamais fini vraiment
de digérer, la bave qu’on s’aime
je parle de derrière le paravent, de sous l’éventail je parle
tendrement de la honte
charbon ardent dent du chardon, l’aisselle qu’on rase mais moi j’vous parle
de pa-ula, pa-ula braz
de l’asphalte qu’on étale sur des routes ne menant qu’à la mer évidemment, la mer-tourmente, le visqueux océan
le reste du temps je ne fais rien, j’attends
que l’attente se passe, ça me va bien comme ça
on s’amusait bien fort, on croyait qu’elle riait
ça fait drôle de rentrer chez soi le soir, comme on réclame une tombe, un sein tari, tout dégonflé depuis la soif
on n’oublie pas une femme/un homme qu’on a vu pleurer, exactement
comme on écrase un truc dans la nuit, on ne sait même pas quoi
– notre innocence sans doute, et ça fait crac sous la roue
le pied
la conscience, tout simplement

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