au large et des poussières

  la pure insignifiance évacue le mensonge, et s’il ne reste de moi qu’une âme en perdition, il faut s’attendre à ce qu’on l’extermine, elle aussi

  qui ne rêve pas? qui ne s’éveille pas du cauchemar de ne pas s’éveiller d’un cauchemar? qui entre dans la salle, commande à boire, sachant qu’il n’y aura pas d’issue?

  nous sommes si délaissés, et tellement hors sujet. y avait des pierres dans les lentilles, un caillou dans la godasse alors j’ai abandonné la godasse. je jure que je n’éprouve aucune haine

  j’ai rechaulé la chambre, comme l’exige la coutume après tout décès, alors que j’aurais tant voulu conserver son regard sur les murs, son haleine près de moi, son dernier souffle parmi nos ombres

  il pleure il pleure et il est même pas mort. il ne s’imagine pas combien c’est ravissant d’émerger du néant pour en être immédiatement, ou presque (en léger différé) submergé. il a dit quelque chose à l’oreille de la fille et elle a fait comme si elle n’avait rien entendu

  la vie sans doute sert à quelque chose, mais pas la mienne. peut-être au bout de mille ans me permettras-tu de te sucer le lobe – ce sera trop tard alors, vivre aura perdu toute saveur, toute troublante résonance

  une fois qu’on a raflé et perdu tout ce qu’il y avait à rafler et à perdre, qu’est-ce qu’on fait? rien. évidemment rien. et voilà ce à quoi nous nous adonnons

  relève-moi. relève-moi juste un tout petit peu. mouche-moi. appelle-moi par mon nom même si je n’ai pas de nom – inventes-en un au pire
  recouvre-moi d’un voile

  allez, et tant pis si je pars un peu de traviole. je n’ai besoin ni de pardon ni de lumière: je n’ai besoin que de la mort. la sexy mort. avec ses dents cariées

  je t’en supplie, anéantis-moi
  (tandis qu’insouciemment je vaque
  à mon imminent retour…

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