j’attrape un bout, l’air par un bout
respire par l’être – c’est un meurtre
sans assassin – j’attrape un bout
et ça vient tout d’un coup, me reste entre les pattes
je tombe et pourtant même pas mort, même pas
mort – le ciel n’a pas bougé, se déplace lentement
j’arrache un bout et puis je tombe dedans, en dedans
s’ouvre en moi le seul espace vacant
où je puisse encore sombrer
je ne sais pas vivre
j’ai seulement appris à survivre, ce qui n’a aucun rapport, tout autre conditionnement
dès le début c’est net: juste survivre, se fondre dans la durée
éviter les extases, demeurer dans l’instase
sauter avec la mine, bien faire le cadavre, pourrir avec les vers – refaire surface quand personne ne regarde
doser l’angoisse
en contournant les buttes, en échappant aux trappes, parviendrai-je peut-être sain et sauf
à l’océan tout pur, l’océan tout craché
cet effort constant à fin de spiritualiser la mort, passer du ver à l’idée, de dieu au néant
rien d’autre à foutre ici qu’être conscient, susciter la conscience – veiller
veiller la mort, le mort en soi, ce qui est et ce qui n’est pas, ce qui simultanément est et n’est pas
veiller
: spiritualiser
la défaite
j’étais l’homme et j’étais la femme – je n’ai jamais compris pourquoi je n’ai jamais su comment je ne fus
que l’homme de la femme, ballon lâché dans l’air vicié, bombe larguée sur un atemporel hiroshima
aller d’ici à ici-même prend toute un vie au moins – je n’imaginais pas que ce serait si long, que ça n’en finirait jamais de n’en pas finir
ni de trembler, se jeter sur le miroir et de s’y mordre, se punaiser chaque nerf
à la rétine sidérée du vide…

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