je pensais ne rien dire. je pensais déborder largement de la table. je pensais qu’elle aurait avaler juste en fermant les yeux
au dernier moment un homme est saisi de pitié – il détourne le regard mais c’est plus fort que lui, il commet
l’irréparable
tu ne peux pas vivre en permanence avec cette obsession-là. tu reposes le miroir de nuit. je veux dire le miroir où n’entre que la nuit. toute la nuit. le noir en ce miroir
le capuchon ne tient pas au cul de mon stylo. ça ne me contrarie pas vraiment, mais il faudra que j’en change
une autre fois j’veux bien
un ciel uniformément bas – il va probablement se mettre à pleuvoir d’un instant à l’autre, à pleuvoir doucement
j’imagine combien ça doit être bon de craquer, se déchirer tendrement et se mettre à pleurer, sans même savoir pourquoi – tout juste s’effondrer avant d’aller faire un tour
dans l’quartier
elle me dit lèche-moi là, pointant son index sur l’os de l’épaule. elle me dit coule à pic, empale cette mouche au ventre creux. elle me dit éjacule dans le fond de ma main
je me suis fait du thé. un litre de thé. j’avais besoin de réparer quelque chose en moi, de panser une timidité, une plaie qui ne parle pas et dont on ne
se rend pas compte
je ne pense plus à rien, sauf au fait que je ne pense plus à rien. des orgasmes-fossiles jonchent mon mal de mer, arêtes d’un poisson minutieusement dépecé
il n’y a rien à penser – la langue retombe dans le trou d’une orbite vide. il n’y a pas à avoir peur et pourtant ne demeure que cette peur informe, une sirène
en descente d’acide…
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