mercurochrome

  ce moment-là, d’extatique détresse, ce moment où
  l’on surplombe l’imposture, où l’univers
  te traverse sans même t’effleurer
  ce moment où dans un même
  souffle se fonde et s’abolit
  le destin – toute ma vie, et quel que soit mon âge, me serais-je raccroché désespérément
  à ce moment, là
  et pas un autre

  une fois les choses tombées, tombées à terre, elles ne simulent plus – elles cessent de prétendre, couilles mouillées
  elles ne font plus les belles et c’est ainsi qu’on peut enfin les regarder en face, sans ciller
  je m’imagine libre, libre de tout absolument libre de moi, j’imagine à foison –
  ce qui ressemblerait exactement à ça, là, si je n’avais pas peur

  or la peur c’est tout ce que j’ai, tout ce qui me fait sentir être: seule la peur du néant m’en distingue vraiment – comment donc y renoncer sans succomber?
  non je ne m’appartiens pas non je ne suis maître de rien non rien ne m’est du
  quelques instants de grâce ci et là, comme on sort la tête hors de l’eau et inspire bruyamment 
  et puis il y a le tuba – certains parlent de poésie, d’autres juste
  de survivre

  nous n’avons plus besoin de grand chose: un cube de murs, un sac de cacahuètes, se promener par temps couvert
  nous avons besoin de mourir un peu aussi, non pour ressusciter assurément, mais dépasser d’une tête la mort rien qu’en faisant le mort
  que les morts aient pitié de nous, sinon nous contenterons-nous, à chaque inspiration,
  de respirer…

mercurochrome

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