s’endormir sous les rames

  je n’ai rien à faire de mes journées
  je n’ai pas l’envie de bouger non plus, de me perdre
  je vis à peu près comme vivrait le dernier homme sous terre
  avec des allumettes évidemment, mais désespérément sans clope

  ça serait pas mal de retourner vivre au bord de la mer, même sous un climat pourri
  j’ai soif de béton, de béton et de mer
  de sucre en morceaux dans le café noir et non de ces absurdes tubes de sucre en poudre
  j’ai soif de désespoir, servir de squat, de foyer de refuge
  au désespoir final

  ce n’est pas la mort de l’individu qui fait peur c’est l’extinction de la conscience humaine, dont l’individu est le dépositaire dans les limites de la place disponible
  je n’ai rien vu je n’ai rien entendu, je suis tombé amoureux
  d’un poteau, d’une lance
  modestement d’une pluie de côté…

  je voyais une tache bizarre sur la lune mais ce n’était que de la crasse sur la vitre, un doigt gras sur le clito de la nuit perpétuelle
  je ne m’habitue pas au froid, je ne m’habitue à rien. j’ai l’impression d’être un hérisson qu’aurait perdu ses piquants
  un homme sans son slip
  un couteau sans  tranchant

  je laisse la lumière allumée dehors – elle rentrera tard d’un vernissage du côté d’orléans
  la langue qui tangue, les routes qui dévient sans faire de vague, l’errance inconditionnelle
  elle se blottit dans mes bras et distille en moi son silence limpide. je m’endors sous les rames

s'endormir sous les rames

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