la nuit mange pur

  un chien en a mordu un autre et c’est toujours le même. il ne hurle pas c’est pire que tout
  un drôle de chantier en vérité – il bouge un petit peu mais rien jamais n’en sortira
  on ne bâtit que du vent. évidemment un ciel c’est bien trop haut

  j’ai une mère
  c’est incroyable de venir de quelque part, d’un bulletin de météo anale, d’un coup répercuté de tonnerre décharné
  ou seulement croisé, comme une épée croise un damné, un quelconque infidèle – étrange cordon
  chirurgical

  un jour je retournerai quelque part, je ne sais pas où
  j’éprouverai ce vide, cette nausée des coups foirés, des destins raturés et je dirai ça y est, c’est enfin là
  que je n’existe pas

  si dieu n’était personne, sans doute l’aimerais-je un peu mieux
  je n’ai rien. et finalement ça me fiche encore plus le vertige que de n’être rien: appuyant sur la chute
  je voudrais juste m’asseoir sur la chaise en plastoc décrépi à la terrasse d’un kebab…

  une à une je délivre les mouches
  j’aime cet état d’être étranger sans être toutefois identifié comme tel
  et puis s’oublier
  dans la langue fredonnée, en parfait inconnu…

la nuit mange pur

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