s’usent les fringues

  on finit par s’accoutumer au désordre, et cette accoutumance instaure un semblant d’ordre dont, bon gré mal gré, nous nous accommodons 
  le temps solidifie le chaos, cautérise les plaies, négligeant les lames toujours courantes en fond d cale
  la révolution accomplie, il ne nous reste qu’à désespérer sagement, dissolvant celle-ci dans l’incantatoire répétition d’un drame prétendument originel, on n’en dira pas plus

  on n’en dira pas plus, sauf à insinuer qu’un homme suce sa racine, l’amère réglisse du souvenir de soi ou ce qu’il en demeure après longue, longue réflexion sur la prédestination au néant, et son inclination à l’auto-consommation
  penché par-dessus son propre sexe, s’il jouit c’est avant tout qu’en douleur il navigue, à contre-courant de tout instinct raisonnablement dressé
  entre lui-même et sa conscience…

  d’instinct la grande
  désolation comme c’est vite dit, étendu là sur le lit
  caillouteux d’un discours fragmentaire, verbe rudimentaire il eut fallu se lever tôt, plus tôt encore
  afin d’étreindre le nombril, non du temps quand il s’effondre, ni du serpent
  lové dans une rêverie tant permanente qu’inachevée
  mais d’un vieux jouet, d’un très vieux jouet, toupie morveuse œil de bœuf
  où une nuit radicalement intérieure inlassablement fait entendre, toute précaution prise,
  son fracas

  tu vois je n’ai pas plus, pas plus à dire que ça
  ou quelque pédante grossièreté, quelque revigorante obscénité – la minimalisation du concept en un seul cierge éteint,
  la teub qui t’encule à l’endroit-même où tu geins, feignant l’apothéose, flanquée d’un tas de cendres,
  l’urine en contrebas…

s'usent les fringues

Published by


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *