credo quia

  depuis le premier jour le jour s’est souvenu
  qu’il était sans mémoire
  qu’il ne prenait pas part
  à ce qui s’y trouvait
  qu’il était le lieu profond, propice et réfléchi
  de l’exil
  cours sinueux de l’infertile

  alors le jour
  qui n’avait rien semé
  les yeux mi-clos se mit à croître
  à gagner du terrain sur ce qui
  n’était pas le jour, et qu’on ne nommait
  pas encore ou déjà plus
  la nuit

  autrement dit la nuit
  celle qu’on ramasse
  quand elle tombe, celle
  émanant de nous sol appauvri
  et qu’on n’aurait jamais pensé
  quitter si seulement l’on avait su
  son nom

  le temps, de le dissoudre
  pupilles dilatoires
  aller là-haut ne requiert
  pas tant de déployer des ailes que de
  replier tout son poids, masse futile
  s’abstenir d’ombre, tandis que la mort
  trempe à côté ou en
  dessous

  et si je n’avais pas
  le fond, de dire ceci, le fond
  de dire cela, mais seulement
  l’embrun
  – nos tombes cet hiver
  ne semblent guère étanches…

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