soit l’absent grave. soit le sol continu

  je ne 
  quitte plus le lit, le lit c’est
  ma fenêtre, ma rue, mon aventure
  mon petit bouquet d’orties mes fleurs de pissenlit… je ne
  voudrais pas qu’on m’appelle autrement
  mais c’est comme ça

  je regarde au-dedans et c’est toujours dehors, on peut pas s’empêcher
  de voir, même quand ça fait mal et ce qu’on voit nous fait
  toujours un peu mal – au genou d’abord évidemment, mais pas seulement
  le reste on le garde secret

  et c’est ainsi qu’on vit, qu’on a, et qu’on aura vécu
  quelques mots de travers, des trognons de silence
  les points de suspicion, autres vieilles culottes
  dense forêt des malentendus
  tu n’y crois pas? non, tu n’y crois pas – tu as pour habitude
  de ne pas croire, avant même de savoir quoi
  d’ailleurs qu’importe quoi, puisque nul n’en aura
  eu pitié

  de pudeur verrouillé – je ne résiste pas, j’endure
  quelqu’un m’apprend par où on passe, par où on casse
  le triste mot
  de la triste fin, fin de toute
  projection, d’où le regard se braque, aveugle et sourd
  à la
  clandestinité d’être.
  ouf

  petit lapin perdu ses dents
  j’ai mal veillé, compensément à mal dormi
  et dans ces intervalles-là, du mal-faisant, dans et par l’âme hibernant
  monts et par vaux, gris flottement
  – caresse-lui la queue dans le sens du gras

  c’est pas comme ça qu’on vit certainement, et encore moins qu’on meurt, mais là n’est pas le sujet
  j’ai quatre jours flottants, et les nuits patiemment, j’écris les nuis sans t
  je me remets à fumer, comme si cela pouvait me maintenir à la surface du néant
  opération à ciel ouvert

soit l'absent grave. soit le sol continu

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