nos hommes sentaient la vase
c’est pour ça finalement qu’on les a enterrés: on ne pouvait plus les sentir
peut-être aussi qu’on n’aurait jamais du les déterrer – tout sentait bon avant
avant nos hommes. nos femmes on les a mises en flacons, en quarantaine ou en pots
et depuis lors on règne, nous les avortons
les avortons libres
parce que justement il n’y a plus d’eau en nous
– qu’allons-nous donc faire de nos mouchoirs?
il n’y a ni jour ni nuit dans l’univers – pourquoi le néant ne signifierait-il pas la simple absence de nuit,
comme un robinet fermé la simple absence
de fuite?
dès le départ déjà je n’aimais personne, mais alors à fond
les vieux me ressemblent de plus en plus. je vois ça au fait que je leur pardonne
au fond d’une fille il n’y a rien d’autre que la joie – or que la joie est triste…
j’ai donc changé de cape, d’appel de numéro, j’ai donc changé
de coupe
par exemple j’ouvrais une boîte
rien ne me laissait présumer du contenu de cette boîte
j’ai pourtant préféré être déçu plutôt que me priver d’espoir
il y avait un cadeau dedans la boîte c’est affligeant vraiment ils ne savent pas faire de boîte
sans s’y figurer un crétin de mouton, quelque biche émissaire, au mieux la grimace écœurée
de pandore au goûter
un homme en carton-pâte, en rase-motte en plastoc, c’est moi
non, pas toi: moi
poupée gonflée, dégonflée, un cerf-volant sans vent – dieu, que les choses sont rases…
ça fait trente ans que je ne me rase plus, alouette
ça fait trente ans
que je suis mort
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