j’traverse les balles

  je serai le chemin. et même plus, je serai
  l’explosion du chemin, ou sa relégation
  l’espace pur entre les cuisses
  du chemin, je serai ce à quoi mène ou ne
  mène pas le chemin

  je ne guéris pas. tu as beau
  te pencher sur mon cas, murmurer les formules, réciter les mantras, je ne
  guéris pas.
  l’issue de rien. l’issue à rien
  confiné là, courbant sous
  tout ce à quoi tu ne
  me réponds pas

  je ne réfléchis pas grand chose, mais tout de même, je sonde
  le sable à l’aide d’un piquet
  la marée engourdie, mieux vaudrait
  ne pas la réveiller, mais l’ignorer
  d’une vaste étendue

  j’habite un dernier cri, un râle ultime
  le reste n’est que hasard, heureux ou malheureux
  concours de circonstances, et tout me congédie
  l’instant me congédie
  je serai le nulle part
  en marge du chemin

  un poème ne fait pas l’éternité – il verse
  quelques mots à somme nulle, offrande dérisoire
  rien ne remonte du fond, la surface
  glisse à la surface, je continue
  malgré tout à m’enfoncer
  dans je ne sais plus quoi

  tel que tu me vois, je suis là d’où je viens
  j’y reviens, j’en reviens
  assermenté, d’un serment que les mots escamotés rendent désormais illisibles, supposé qu’ils aient jamais signifié
  quoi que ce soit, ou même qu’ils aient jamais été
  proférés

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