la nuit s’endort sur mes genoux

  je manque d’oubli. de perspective aussi, d’où s’élancer comme on se joue aux dés. jamais je ne suis loin – mort sans doute mais loin, jamais

  tranquille tant qu’on y est. j’essaie de respirer. aspire fort des narines, gueule ouverte au néant. l’air, l’air ne respire plus

  l’insomniaque organisation des heures, jours et des secondes. j’accouche d’un phoque. un phoque est toujours là, pudiquement gisant, imperturbable en soi

  la nuit je fais cadeau. aux premières lueurs aussi je fais cadeau. de ma jouissance, de ma décrépitude. je suis mon propre troll, et mon troll meurt avec moi

  toute une pente à pas feutrés, un couloir où se glisser, l’échafaud où se hisser. ôte donc ta cagoule, christ de misère

  mourir pour rien, exactement pour que ça serve à rien. d’ici-bas tout va plat, la vulve tire son lot. j’exorcise un cafard, un cafard hors tension

  à moi qui dors tout l’temps, ne lève pas une patte ou seulement par dépit. ouvre la fenêtre aux mouches noires, aux impétueux courants, d’air et dégoulinant de lumière…

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