quelqu’un pour m’enterrer

  dans la nuit m’as-tu vu
  et m’as-tu vu?
  j’espère avoir gagné quelqu’un, quelque chose
  une âme entre deux urnes.
  je creuse ici, laisse-moi creuser ici, et toi un peu plus loin
  un peu plus infiniment loin de moi, qui
  creuse ici, creuse toujours…

  j’ai frotté, j’ai frotté
  pour finalement toujours plus de boue…
  un ciel s’est couvert. il a tout bonnement disparu
  en moi. j’ai couvé un dieu, une larve de dieu pour tout dire, j’ai tenté de le réchauffer, de lui faire
  passer l’hiver

  le soir je bois, c’est vrai
  j’ai besoin de ça pour ne pas sombrer
  dans la plus brute insignifiance.
  j’ouvre mes bras, j’ouvre mes bras si large
  que toute vie s’y perdrait, suffoquerait
  j’ouvre les bras à l’ouverture illimitée, je fais un nid à l’infini
  dusse l’infini se contenter d’être et se réduire
  au néant le plus pur

  j’habite un cheveu. un cheveu faute de tête
  une légèreté m’accompagne, moi le boulet
  mon ami n’a pas de nom, c’est pourquoi il est mon ami
  je n’ai pas de nom non plus, alors des fois je l’appelle mon ami
  même si ce n’est pas vrai

  une vie me parle de toi, tout une vie
  elle me dit que tu vas bien, que tu pleures de temps en temps, ou que tu n’es pas là
  elle me dit que je ne suis peut-être que l’air refroidi par ton ombre
  ce n’est pas péché d’orgueil, puisque l’orgueil n’existe pas
  d’où le péché d’autant plus grand…

  tout ce que tu navigues navigue, il est temps de couler.
  la beauté du monde me séduit, sans vraiment me tenter
  parce que je vais ailleurs. ailleurs c’est toujours ailleurs
  tu regardes quelque part mais ça ne sert à rien, sauf à voir que ce n’est
  pas encore là.

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