d’apatrides rêveurs

  tu ne bouges pas de là, tel un banc en panique. paniquement muet. tout vidé
  d’océan

  dans quelques secondes tu laisses ta place, qui d’ailleurs n’est pas ta place – jamais ta place
  n’est à sa place

  tu cèdes ta place au vide extérieur, miroir au vide
  intérieur, miroir au vide
  tout court

  tu apprends à compter jusqu’à dix, puis à décompter de dix. et cela dans les diverses langues
  d’apatrides rêveurs

  tu comptes jusqu’à trois. puis à trois tu te jettes. tu te jettes en idée. tu te jettes dans l’idée de te jeter
  à trois

  quelque chose ne cherche pas, les yeux grand-ouverts. les oreilles satellites. la paume des mains tendues. quelque chose
  ne cherche pas, le cœur palpitant

  tu t’enfonces dans ton lit. tu ouvres la fenêtre au fond de ton lit. tu jouis en plein ciel, éjaculant dans l’œil du vide qui est peut-être féminin,
  peut-être un chou

  tu donnes ta langue au chat. c’est comme ça il faut que tu donnes tout. au chat ou à qui d’autre on s’en fout: jusqu’à ce qu’il
  ne reste rien. tâter de ce rien-là

  tu respires mais désormais plus par ton corps car ce n’est pas ton corps propre. tu respires par
  l’universel poumon, en quelque sorte

  plus une fille ne voudra de toi maintenant que. je veux dire, ne voudra un enfant de toi. je veux dire maintenant que les enfants
  ne naissent plus

  un deux trois tu marcheras sur l’eau. sur la pointe des pieds. l’eau n’en saura rien
  et toi à peine davantage

d'apatrides rêveurs

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