je ne vais rien justifier, je vais cracher par terre – par terre ou en l’air, je vais cracher et tant pis pour moi
tu vois bien qu’une âme est une vierge agressée, humiliée – que comptes-tu réparer? qu’aurais-tu l’audace d’espérer? nul crime à vivre, nulle honte à survivre malgré tout: il y a là seulement la peine, nous innocentant de l’offense qu’en permanence nous subissons dans l’affligeante parenthèse
je n’habite nulle part qu’en cette cage hors du nulle part. je tente tout pour cesser d’être traversé, et m’épargner cela
j’aimerais une mouche si une mouche me déclarait son amour
comment échapper à la mort quand la mort gangrène toute vie, et s’en nourrit?
il commence à faire froid dehors, je ne vais plus pouvoir sortir pisser contre la haie. je ne vais plus pouvoir m’appuyer sur ce socle de lumière, dieu justement signifiant tout ce que nient la pourriture d’hiver, la souillure de l’homme hors-ciel, l’amour vaincu. je ne vais plus pouvoir mentir pour échapper ne serait-ce qu’en apparence – et comment autrement qu’en apparence puisque l’apparence désigne la forme-même de cette fuite? – à la plus profonde solitude…
le ciel dans ses cordes, et la baie en sa somme. je trace un chemin dans le sable le sable ne retient rien
moi je retiens quelque chose – moi la boue d’une trace fortuite, d’une empreinte délébile
il faut s’y faire. se faire à ne jamais s’y faire, continuer à regarder l’heure quand l’heure déjà passée
nous ignore en sifflant
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