meunier, tu bois…

  parle-moi de ça
  parle-moi comme on parle, de choses et d’autres, de tout
  et de rien
  j’écoute et je n’entends rien – la mort
  de ce côté-ci de la barrière, ou de l’autre
  je chante avec toi et c’est avec seul cependant
  que je chante…

  mon homme se tient debout sur une patte – aurais-je jamais le courage
  d’être cet homme-là, cet homme sur une patte?
  entre le tout et rien il y a toi, ce rien qui est le tout, ce tout
  qui n’est rien – rien sinon toi, à la fois tout et rien
  et dont je perçois à présent l’évidence croissante…

  tout cet amour perdu, sans suite, déversé à vau l’eau
  cet amour sans objet, transitoire réceptacle, cet amour pour rien
  est le plus bel amour – cet amour de rien, cet amour d’aimer, coûte que coûte vaille que vaille, ne coûtant rien et ne
  rapportant rien

  j’ai comme l’impression quelque part d’avoir été trahi par dieu, et je ne sais
  quoi lui répondre. alors tout bêtement je m’adresse à mon ch’val – un ch’val c’est pas grand chose, mais c’est un ch’val quand même
  pourquoi donc en parler si ce n’est justement
  pour en parler, pas nécessairement

meunier, tu bois...

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