tu fais bien d’oublier la nuit: tu fais bien d’oublier tout court
t’as beau les écarquiller, tu ne vois rien du tout – à peine devines-tu la forme floutée d’un monde en pleine
déconfiture, le buzz transitoire grésillant sur les cendres et les pattes gesticulées du grand
cafard…
cela fait des années que je vis ainsi reclus dans ma litière, murmure grabataire, grabuge en la demeure
si longtemps même que j’en ai perdu le réflexe de l’endormissement
on, off, on, off, on, off: cela ne marche plus. arrive ce qui arrive et part ce qui repart – entre les deux l’espace foisonne
où ramer sous le coude…
je ne vis pas quand je veille, mais seulement quand je ne dors pas, surveillant le néant
ma vision tend à coïncider à l’absence – à moins que ce ne soit le contraire, va savoir…
dériver dans le large intérieur maintient la flamme inerte, froid constat
je reste là, sans prononcer l’adieu, dans le temps ininterrompu et asphyxié de l’adieu
c’est une attente inversée, ou l’expectation d’une chose qui ne peut avoir lieu – non-lieu comme centre de distribution des espaces me
traversant, toujours dans le même sens, c’est à dire celui qui décoché du non-moi
atteint d’un trait le cœur du non-moi
je n’ai pas de retard sur le chemin qui ne finit pas
je vais à ma rencontre, laquelle devrait enfin me délivrer de moi
et pour n’y substituer nul autre…
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