la pluie sur mon chemin

  et si nos deux langues n’en formaient qu’une, inextricable, comment délier le mot du suc, la pierre de la marelle – nos affections libidinales
  de nos pulsions limite carnassières…

  tu te couvriras de honte et ce tout en marchant, seul dans la rue, en pleine rue, en plein milieu de la rue
  le mur d’en face et l’âme en rade…

  prétendre asseoir une vie sur ce trottoir béant, cette marche qui glisse… où tout a commencé convergent mes débris, lambeaux de cerf-volants
  – la lumière dure hier

  mon dieu comment peux-tu abandonner l’homme à ce point, tant le priver de ton esprit et de ta grâce qu’il ne sache plus se reconnaître, ni toi à travers lui? aveugle à son propre destin, il ne ressemble à rien, et face à son naufrage ne peut réprimer un pathétique « merci pour le spectacle… »

  je ne prends pas la parole. d’ailleurs que ferais-je de la parole, que ferais-je de la robe envolée, des motifs à douleur? ou chuchotée au mur, intimement friable: de quel côté la ruine, et de quel côté l’ombre?…

  peut-être dieu n’est-il que l’expression ultime de notre instinct de survie, pris par le bout mauvais de la lorgnette. peut-être dieu est-il
  la caresse essentielle et sensible nous extirpant du néant – ce qui ne revient pas
  au même exactement, mais tout de même…

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