à l’ombre du vivant s’entend

  range-moi contre l’oreille, que je t’entende m’écouter. le lent roulement de ma respiration sur tes parois très acoustiques. range-moi contre l’oreille

  je n(ai pas toujours été la brute que tu as connue – derrière moi une dentelle d’ombres suggère d’autres fragilités. devant, la mer amère à boire, le frottement des os contre tes maigres seins

  je ne me suis jamais habitué, à rien. chaque jour retournait un peu plus son couteau dans ma plaie. qu’elle saignât me confirmait dans mon sentiment d’exister, bien que de toute évidence le sang ne soit inépuisable, ni toujours de fiable consistance

  pas un seul jour ne manque à la semaine – je les ai tous pointés, marqués d’une croix comme les portes des futurs massacrés. j’en parle à tous ceux que je croise, leur demande où ils vont, s’ils vont bien où ils vont, et comment comptent-ils en revenir

  éperdu. un peu comme si tu ne me touchais pas. ou comme si le froid frappait les parties nues de la peau du mendiant, et s’immisçait dessous. je ne raisonne plus. je reviens sans cesse au même endroit, pour en retrouver l’envers toujours aussi désespérément vide

  quelqu’un devra payer pour mes obsèques, et j’en suis sincèrement désolé. les morts ont en général une vie sexuelle plutôt médiocre. disons que là n’est pas leur fort. je reviens à toi les mains vides. je reviens à toi sans main du tout

à l'ombre du vivant s'entend

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