surtout ne lui dis rien, genre parle avec les mains. mais pas en langue des signes, non, juste en langue des mains, réduite à l’essentiel. ou du moins à pas grand chose
j’habitais toujours quelque part plus haut que chez moi, comme si j’enjambais un obstacle, une bouse, une claque. je me suis retrouvé au crépuscule du lieu, où même ce qui parle fait silence. car le bruit délivré du sens ne porte pas
je t’embrassais bien sur les coudes, et de l’autre côté aussi, au creux du bras. nous mesurons les conséquences, nous évaluons la situation, tout cela grandeur nature. franchement grandeur nature
je parle d’un très doux esprit. non, je n’en parle. pas, j’y pense simplement. non je n’y pense pas: il émane en quelque sorte des choses telles que je ne les avais pas prévues, du monde tel que j’ai du mal à l’imaginer, mais l’imagine tout de même
ce regard froid, ce regard angulaire, ce regard qui met à nu toute ma fragilité. car je suis fragile vois-tu – du coup j’évite de me raser. j’évite de serrer des poignes, ce claquer ces plâtreuses bises qui rapprochent dangereusement les visages. les visages pleins de crocs
si elle se souvient de moi c’est qu’elle n’a pas tout à fait sa tête. c’est qu’elle ne sait plus lequel de ses pieds danse en l’air et lequel s’appuie sur terre, où va l’un où reste l’autre. elle ne sait plus. elle se souvient de moi sans se douter de qui il s’agit, sans savoir qui je suis, ni à quoi me relier. sur ce coup-là elle n’a peut-être pas tort

Laisser un commentaire