le bleu sur le bleu s’est tranché les poignets

  je suis déjà perdu, et qu’est-ce que ça me soulage. on dirait qu’on compte ses doigts au-delà même du nombre de ses doigts. on dirait qu’on compte sur ses doigts alors même qu’on n’a pas un seul doigt. on dirait que le compte à rebours est clos depuis longtemps, et ça fait vraiment bizarre cette vide éternité du temps vacant

  je te présente mes excuses. je te demande pardon. je lâche tout, le hameçon avec la ligne d’horizon, le poisson avec la rivière, et je n’y comprends rien. ça m’aide un peu, tu diras. tu diras que rien ne vient sans qu’on y aille et bla bla bla. perdre le goût de dire, perdre le goût de surplomber suffira pour cette semaine

  l’œuvre me lasse. d’emblée je me situe hors œuvre, comme on dit d’un bâti qu’il est hors d’eau. sauf que je ne suis pas le bâti, mais le flux sous le bâti, le mouvant dans le sable. la rose frileuse du vent et j’en passe. j’en passe tant qu’il n’en reste rien. et rien ça fait pas grand chose

  et rien sentait si bon. quand je dis rien je ne parle pas simplement du néant bien entendu. je parle de ça, là, dans le temps qui passe et néanmoins ne passe pas. de l’évidence commune sans cette pesanteur habituelle aux choses dès qu’on s’appuie dessus. non je ne m’appuie sur rien et c’est de cette apesanteur-là dont je parle. ou que j’évoque en sous-main

  sauver son âme c’est beaucoup trop. sauver son âme risquerait de la damner. l’âme  est le salut. ce n’est qu’un au-revoir mon frère, ce n’est qu’un au-revoir ma sœur, ce n’est qu’un au-revoir, petits canards tout cafardeux qui n’êtes que pour être, ne vivez que pour vivre, ne mourez que pour rien. ainsi soit-il

le bleu sur le bleu s'est tranché les poignets

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