t’inquiète pas pour les mots, les mots bougeront pas d’ici, les mots
resteront avec nous, jusqu’à la fin de nos piteux balbutiements, de nos silences visqueux
sur lesquels on trébuche ou dérape, selon le temps qu’il fait, selon le cri
qu’on ne poussera plus
t’inquiète pas pour les morts, les morts resteront là bien sagement, engoncés dans nos fauteuils
peut-être porteront-ils des masques à notre ressemblance, ou même lèveront-il
le doigt, quand nos noms interrogeront notre présence – quel autre réconfort
pourrions nous leur apporter?
ce n’est pas une vie à côté de la vie, ni même d’une autre vie – c’est un chagrin percutant, comme d’être condamné à soi, à ruminer les brisures
il faut parait-il de l’amour pour souffrir, puisque dans la douleur trouve un ultime refuge le peu d’innocence qu’il nous reste, de légères taches grises…
ne pas nuancer donc, mais simplifier. ne pas sophistiquer mais approfondir. l’arbre rêve t-il d’un toit, la racine d’une dent? je n’en sais rien
et ignorer le sens n’autorise pas à conclure au non-sens. ai-je jamais eu le choix pourtant? le choix ne signait-il pas ma condamnation à l’impossibilité d’un soi à incarner, à assumer?
du commérage des anges je n’ai pas retenu grand chose en fait – j’avais la tête ailleurs, les pieds loin en-dessous…
c’est sûrement toi, c’est sûrement elle. sûrement. on ne portait pas l’énigme de pourrir dans l’œuf, de moisir sur pied
je lui ai d’abord essuyé la bouche d’un doigt. quand j’ai voulu me pendre le vent soufflait trop fort – j’ai du réessayer la semaine d’après

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