je ne sais pas nager

  je ne sais pas nager. je suis
  ma pensée avant même qu’elle n’y pense. sociopathe
  d’un jour qui passe…
  à peine si la bouée
  m’accroche. nous y mettrons le temps qu’il faut, nous n’y, malgré cela,
  parviendrons pas

  je me sens bien: un peu
  pâteux dessous la langue, sans doute à cause de ce que j’ai pris, et ce à quoi je pense
  ou bien ne pense pas. je pense. je mets ma vie dans la douleur,
  une douleur. je ne me souviens plus avoir
  été
  jamais amoureux

  or depuis
  depuis que j’y retourne, y lance
  ma ligne. mon appât. mon dépit
  une joie en moi a t-il t-elle froid? pris froid? je ne me
  souviens plus
  avoir été jamais si vieux, et si creux
  inexorablement creux

  la bonté d’un homme et c’est un homme
  clapotant. crachotant. crapahutant
  sur ses gardes baissées, ses gonds débrayés, inamovible sur sa
  ligne de défonce, il fonce
  à ciel ouvert, il fonce
  à bras ouverts, s’enfonce
  redresse-le c’est la bonté d’un homme après tout qu’il se
  débourre le crâne

  j’ai la rage d’un homme, un autre
  homme, ou était-ce une femme, une autre
  femme. ou même une autre encore
  aux hanches caleuses, le sexe en bandoulière, les pauvres
  (z’) âmes restantes, comme en
  poste restante…

je ne sais pas nager

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